« 7 janvier 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 23-24], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5114, page consultée le 24 janvier 2026.
7 janvier [1845], mardi matin, 10 h. ½
Bonjour, mon petit Toto bien aimé, bonjour, mon Toto chéri, je t’aime,
bonjour. Il paraît que tu as passé ta soirée et peut-être encore ta nuit
à travailler, mon cher petit. Tu m’en avais prévenue mais cela ne m’a
pas empêchée de t’attendre et de t’espérer. J’en ai été pour mes frais
d’espérances sans aucune compensation, car je n’ai pas pu m’endormir
avant quatre ou cinq heures du matin. Pauvre bien-aimé, j’ai vraiment
bonne grâce à me plaindre quand tu passes tes nuits à travailler. Je ne
peux pas y penser sans être prise d’un sentiment de honte et de remords.
Il me semble que je fais une action coupable en acceptant ton dévouement
à ce prix-là. Et pourtant, je t’aime de toute mon âme et plus que de
toute mon âme, car mon amour est plus grand et plus fort que tout mon
être.
J’ai besoin de te voir, mon bien-aimé, pour te voir parce que ta vue, c’est la joie, c’est le soleil,
le bonheur et le ravissement. Mais j’ai besoin de savoir que tu n’es pas
trop fatigué et trop épuisé de ce travail sans fin. J’ai besoin de voir
dans tes yeux que tu m’aimes et que tu ne m’en veux pas d’ajouter à tes
ennuis et à tes embarras de toute nature.
Bonjour, mon bien-aimé,
bonjour, mon Victor chéri, bonjour, mon Toto adoré, nous continuons, ma
servarde et moi, à faire une
maison de santé (où il n’y a que des malades).
Je ne m’explique pas pourquoi je souffre tant ce mois-ci. Quant à
Suzanne, l’extraction de
sa dent ne l’a pas soulagée, elle est plus blaireuse et plus endolorie qu’auparavant. Heureusement que le jour de l’an
est passé. Mais il y a une autre corvée bien plus longue et bien plus
difficile, le déménagement1
et tout ce qui s’en suit qui est fort ennuyeux et très embarrassant,
surtout si nous continuons à être malades. D’ailleurs, tant pire. Je
t’aime, ce qui n’est pas le cadet de [illis.] soucis.
Juliette
1 Juliette Drouet déménage le 10 février 1845 du 14 au 12, rue Sainte-Anastase. Victor Hugo loue ce rez-de-chaussée avec jardin depuis le 14 août 1844, depuis lors en travaux pour rénover les trois pièces et la cuisine.
« 7 janvier 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 25-26], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5114, page consultée le 24 janvier 2026.
7 janvier [1845], mardi soir, 6 h. ½
Je ne sais pas si tu me gronderas, mon adoré, et pourtant j’ai fait pour
le mieux. Je te dirai cela tout à l’heure, car j’espère toujours te voir
tout à l’heure malgré la triste expérience
que j’ai de ce hideux tout à l’heure. Je te
dirai cela, dis-je, en détail. Si tu trouves que j’ai bien fait, je
serai bien heureuse. Si tu n’es pas content, j’irai me cacher dans la
cave et je ne reviendrai plus.
J’ai vu Jourdain. Nous sommes convenus qu’il
enverra ses ouvriers le 20 au matin. Dans tout
cela, je ne sais pas où tu trouveras une minute pour diriger le
déménagement1 et
pour me conseiller dans tout ce qu’il faudra que je fasse. Je suis
vraiment très embarrassée. D’un autre côté, j’ai hâte de m’en aller de
cette pauvre maison où nous avons été neuf ans de notre vie si heureux,
hélas ! ... Non à cause de cela mais parce que cette maison, à partir
d’aujourd’hui, n’est plus notre maison mais celle du premier passant
curieux. L’écriteau est posé de tantôt. Ainsi, me voici en proie aux
chercheurs de logement plus ou moins sincères. Cette affreuse extrémité
me ferait fuir à l’autre bout du monde. Rien n’est plus odieux pour moi
que ce genre de calamité.
Cher bien-aimé, je radote sans cesse
tantôt sur mes maux physiquesa, tantôt sur mes infirmités morales, tantôt
sur mes infortunes domestiques, le plus souvent encore sur le malheur de
ne pas te voir assez. Mais je ne m’excuse pas, car je sais combien tu es
adorablement bon et indulgent.
Juliette
1 Juliette Drouet déménage le 10 février 1845 du 14 au 12, rue Sainte-Anastase. Victor Hugo loue ce rez-de-chaussée avec jardin depuis le 14 août 1844, depuis lors en travaux pour rénover les trois pièces et la cuisine.
a « phisiques ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
